« Au début de l'année 2025, j'ai reçu une nouvelle livraison de plioirs métalliques de Tim, et avec elle se trouvait la première version de ce qui allait devenir un an plus tard le Corner Mate.
Lisez ceci pour tout savoir sur les origines et le développement du Corner Mate, un outil révolutionnaire pour relieurs.
Qui est Tim ?

Tim ( Timothy Bindery ) est un relieur et fabricant d'outils originaire de Saïgon, au Vietnam, né en 1992. Il travaille dans le développement de logiciels, et la reliure est sa passion. Son enthousiasme pour cet artisanat transparaît dans tout ce qu'il fait : ses créations de reliure, sa connaissance du métier, ses recherches, son réseau, sans oublier les outils complexes et d'une grande finesse qu'il conçoit, parce que, « Au Vietnam, nous n'avons pas de tradition de reliure, alors je dois tout fabriquer moi-même. »
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J'ai rencontré Tim, comme beaucoup d'autres collègues ces dernières années, via Instagram. Outre la production de nos plioirs métalliques Deluxe , nous discutons régulièrement de sujets liés à la reliure, et notamment à la fabrication d'outils. Un jour de 2024, il a lâché cette phrase :

Tim : Au fait, je réfléchis à un gabarit ajustable pour les coins. Qu'en penses-tu ? Est-ce possible ?
Ben : Moi aussi ! Tu es sérieux ??
Tim : OK, mettons-nous au boulot haha
Ben : Faisons ça ensemble
Nous pensions tous les deux au même outil au même moment. Ne dit-on pas que les grands esprits se rencontrent ?
Bon, revenons un instant en arrière. Couper les coins (ou plus précisément : couper le matériau de couvrure au niveau des coins) : quelles sont les options ?
Option n° 1 : Ciseaux

Ceci est la méthode traditionnelle : découper à l’œil, avec des ciseaux. Aucun souci avec ça. Sauf que, sans pratique, c’est intimidant. Et je dois avouer que même en tant que professionnel expérimenté, je ne peux pas garantir une précision ni une régularité parfaites. OK, ce n'est pas forcément un problème, les imperfections apportent de la vie, elles contribuent même à une certaine esthétique (c’est en grande partie ce qui nous plaît tant dans les livres anciens).
Cependant, il existe assurément des cas où l'on recherche la précision et la régularité. J'ai commencé à utiliser des gabarits quand je me suis mis à faire des coffrets plein cuir. C'est très agréable de pouvoir tester la distance de coupe idéale sur un coin, de régler le gabarit, puis de procéder à la découpe des trois autres sans aucune hésitation, en particulier (mais pas uniquement) lorsque le matériau est coûteux et que l'on veut éviter tout risque.
Option n° 2 : Gabarits faits maison

Il existe de nombreuses façons de fabriquer des gabarits maison. L'une des pratiques les plus courantes consiste à utiliser un morceau de carton d'épaisseur appropriée et à le placer contre le coin avec une équerre à 45°, puis découper le long du carton. Ça marche.
Dans son tutoriel sur la reliure wire edge , Daniel Kelm décrit une méthode astucieuse utilisant une équerre à 45 ° et un morceau de scotch de peintre (photo ci-dessus)
Option n° 3 : Gabarits découpés à la machine ou achetés

Gabarits d'angle d'ibookbinding, avec l'aimable autorisation de Stepan Chizhov
Il est tout à fait possible de faire découper des gabarits d'angle à la machine. C'est une forme assez simple et, si vous avez accès à un Fab Lab, vous pouvez même le faire vous-même. J'en ai vu en plexiglas, en métal et en bois. On peut aussi en acheter des tout faits, comme les modèles imprimés en 3D d'ibookbinding , bien connus. Hewitt propose également son propre modèle , et il en existe certainement beaucoup d'autres encore.
Option n° 4 : Gabarit de découpe d'angle de Jeff Peachey
Le restaurateur de livres et fabricant d'outils américain Jeff Peachey propose un produit qui est probablement le premier outil de coupe d'angles véritablement réglable . Une invention géniale, mais présentant quelques problèmes, tous résolus avec le Timbentool Corner Mate.
Point de départ
Au début de l'année 2025, j'ai reçu une nouvelle livraison de plioirs métalliques de Tim, et avec elle se trouvait la première version de ce qui allait devenir un an plus tard le Corner Mate.


Il est clair que Tim s'est inspiré du modèle des « trace-coins », un outil servant à marquer l'emplacement des coins d'une reliure demi-cuir (dont il réalise de magnifiques exemplaires). On remarque que le mécanisme des bras mobiles est similaire, mais leur sens est inversé. De plus, Tim a rendu les deux bras mobiles et non un seul comme dans un trace-coins.
Trace-coins, W.Leo Nachfolger, Stuttgart, date inconnue
On peut également constater que Tim a pourvu ces bras mobiles d'une caractéristique ingénieuse, qui est désormais une caractéristique déterminante du Corner Mate : la découpe en demi-cercle dans les bras, qui offre une prise en main permettant aux doigts de tirer l'outil vers le carton.

À ce stade, l'idée de Tim était de combiner deux fonctionnalités en un seul outil : trace-coins et gabarit d'angle.
L'idée est séduisante, mais elle entraîne un problème non négligeable. Ce qui est une caractéristique de la fonction trace-coins devient un défaut pour la fonction gabarit d'angle : il y a un jour dans le guide de coupe !

Nous décidons de laisser de côté la fonction trace-coins pour nous concentrer sur une seule chose : concevoir le meilleur gabarit d'angles jamais conçu !
Conception

Voici ce que j'envoie à Tim le 8 février 2025 (quasiment au jour près un an avant le lancement du produit final : le 12 février 2026). Les points principaux sont : une taille réduite, une seule pièce mobile, un guide de découpe ininterrompu et une graduation permettant de contrôler le réglage de l'outil.
Quelques mois plus tard (mai 2025), Tim est revenu vers moi avec ceci :

Ces dessins CAO témoignent d'une avancée considérable vers le résultat final. Tim a trouvé le moyen d'intégrer la graduation en surélevant la partie mâle de la glissière de façon à ce qu'elle affleure le corps principal de l'outil, lui a ajouté un repère, mobile donc, à caler contre une graduation en demi-millimètres sur la partie principale de l'outil. Tout simplement génial !
Identité visuelle
Pendant que Tim s'occupait de la conception 3D, nous avons commencé à réfléchir à l'identité visuelle de ce nouvel outil. Comme il s'agit d'une collaboration, la première idée a été d'y apposer nos deux logos.

Mais cela manquait de personnalité, cet outil réclamait une identité plus forte.
Et un jour, sur whatsapp :

Adjustable, Tim = Adjustim...Bin Met = anagramme de Ben + Tim. Il y avait encore d'autres idées.
Mais Timbentool s'est démarqué. Un outil réalisé par Tim et Ben = Timbentool !
Étant donné qu'à ce stade ce nom devait désigner l'outil uniquement, j'ai pensé à ajouter « the original » pour souligner son originalité.
Côté design, j'ai trouvé une police de caractères de style rétro que j'ai intégrée dans un cartouche reprenant la forme du mécanisme coulissant. Ce graphisme bien intégré a également l'avantage d'animer la partie vide de l'outil.

Mais une question s'est alors posée, en regardant vers l'avenir : si nous créons ensemble de nouveaux outils, comment les appellerons-nous ?
Y aura-t-il un dénominateur commun à tous nos futurs outils, et lequel ?
Cela a pris du temps, mais soudain, c'est devenu clair : Timbentool ne devrait pas être le nom de cet outil en particulier, mais plutôt le nom de notre collaboration !
Tous les outils créés par Ben et Tim seront des Timbentools. Voilà, génial, nous avons un nom de marque !
Mais concernant le nom de l'outil lui-même, nous voilà en fait revenus à la case départ.
Alors, encore une fois, comment l'appelons-nous ? 
C'est descriptif, mais plutôt ennuyeux, vous ne trouvez pas ?
Et puis ceci est apparu : 
Nous avons tous voté pour « corner mate », qui signifie « ami des coins »car cela sonnait bien et était facile à retenir, mais aussi parce que cela offrait un modèle pour nommer les futurs outils : « shoulder mate », « bevel mate », etc. (restez à l'écoute !).
Le problème de la colle
En travaillant avec l'un des premiers prototypes, je me suis rendu compte d'un problème que nous n'avions pas anticipé. L'utilisation de l'outil d'angle pour les finitions à sec (lorsqu'on encolle le carton et non le revêtement) ne pose aucun problème. En revanche, si c'est le revêtement qu'on encolle, le dessous de l'outil se retrouve rapidement saturé de colle qui forme une croûte de plue en plus épaisse.

Nous avons envisagé différentes solutions à ce problème, notamment le revêtement de la face arrière avec un film de téflon, mais nous avons finalement opté pour le fraisage d'une cuvette sur cette face, ne laissant que 2 mm de marge sur les bords. Ainsi, le contact avec l'adhésif est réduit et le nettoyage est facilité.
Ceci a également pour effet d'embellir l'outil grâce au motif qui résulte du déplacement de la fraise.

Mot de la fin
J'espère que nous avons pu vous donner un bon aperçu du processus de développement de ce nouvel outil, simple d'utilisation mais complexe à concevoir et à réaliser.
Il y aurait encore évidemment bien plus à dire, mais ce sont là les points les plus révélateurs.
Au total, il y a eu trois prototypes (sans compter la toute première version). Tous les trois expédiés du Vietnam à la France, ce n'est pas négligeable.
Je vous laisse avec quelques vidéos que Tim m'a envoyées au fil du temps :
Premier prototype, sans échelle ni marque. Remarquez que la partie mâle de la glissière n'est pas encore à fleur avec le corps principal de l'outil.
La machine à graver en action :
Le deuxième prototype, avant la peinture des gravures :
Le deuxième prototype, après la peinture des gravures :
Merci pour votre lecture.
Nous vous souhaitons beaucoup de plaisir avec votre nouveau compagnon d'établi, qu'il vous aide à créer toujours plus de belles choses.
Avec gratitude,
Ben et Tim
Sauf indication contraire, toutes les photos et vidéos sont de Ben ou Tim.
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